
Prostrée dans mon lit,
Le dégoût à la bouche
Les yeux embrumés par
La fatigue et les pleurs
J'attends qu'elle vienne
Me chercher ...
Devant moi, ces pitres
Drapés de blanc, avec
Leurs lunettes signées Armand ...
Ils me regardent
De leurs yeux pathétiques,
Ils me regardent
Et observent ce qui me tient
En vie :
Une poche d'eau
Et une autre emplie :
De solution nutritive.
Leurs lèvres ne cessent
De bouger ...
Des paroles incompréhensibles
Pour moi qui me trouve
Bien trop loin
Entre ces deux mondes
Si proches et pourtant si éloignés
A côté de moi une machine
Qui mesure ma vie
Tic... tac ... tic ... tac... fait l'horloge
Tourne la vie
Tic ... TAC... tic ... tac ... fait l'horloge
Le temps m'est comté
Les minutes passent pourtant
Si lentement !
J'aimerai pouvoir l'arrêter
Et revenir sur ces heures heureuses,
Où mon corps encore vivant
Dansait avec Dame Nature
Où mon corps encore vivant
S'imprégnait de ces douces passions
Une larme,
Infinie perle salée sur ma joue ...
Il est minuit et je ne dors toujours pas.
Les infirmières font des vas et des viens
Dans les couloirs...
J'entends leurs pas
Qui résonnent jusqu'à mes oreilles
J'entends leurs rires,
J'entends
La futilité de leurs discussions ...
Et moi, moi je suis là
Avec ma voix qui s'est éteinte
Et mes yeux devenus vides.
Pour simples décors, ce mur blanc ... seul ...
A côté de moi, sur ma table de nuit
Des photos, de mon autre vie
De mon autre moi ...
« C'est sa dernière chance » disent-ils
Demain l'opération qui est censée me sauver
Demain l'ultime souffrance avant la délivrance
Ils n'ont toujours pas compris
Que pour moi ça en était fini
Ils n'ont toujours pas compris
Qu'arrivait ma fin
Ils ne comprendront jamais
Quand bien même résonnera
Sa voix, m'appelant à ses côtés.
Je la supplie muette, impuissante
De me prendre vite, froide
Hors de ce corps déchet
Hors de ce corps qui n'est plus mien
« Qu'attends tu ?
Je suis prête et n'attends que toi,
Qui me guettais sournoise
Qui me voulais depuis si longtemps ...
Allons ne joue pas les difficiles
Je n'ai plus le temps ...
Je n'en ai plus le courage ...
Prends moi que l'on en finisse ! »
Débrancher ... oui c'est cela, tout débrancher...
Retirer ce masque qui m'empoisonne
Retirer ces aiguilles qui me blessent ...
Et sombrer, sombrer lentement dans le sommeil ...
©Artemis